Un festival à mission
Le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence est aujourd’hui un événement culturel européen majeur, avec près d’un millier d’artistes français et internationaux qui montrent l’étendue de leur talent au cours d’une centaine de manifestations et de concerts partout dans la ville et la région Sud. Dès sa création, le festival a défendu des valeurs essentielles : le partage avec le public (plus de 27 000 spectateurs en 2026), la fidélité aux artistes, la transmission de l’excellence et l’ancrage territorial en Provence. C’est en développant ces convictions humanistes qu’il est devenu un festival à mission.
Entretien pris sur le vif entre les trois hommes qui ont fait grandir cet événement de première importance sans jamais transiger sur leurs convictions : Dominique Bluzet, Renaud Capuçon, et Daniel Baal, président du CIC, partenaire fondateur du festival.
Dominique Bluzet : Je crois que nous n’avions pas conscience, en créant le Festival de Pâques, de l’importance croissante que prendrait notre travail pour développer l’accès à la musique pour tous. Le monde est tellement fracturé aujourd’hui… L’art en général et la musique en particulier sont l’un des derniers endroits où l’on se rassemble pour partager la beauté, l’émotion, l’élévation de l’âme.
Daniel Baal : Je suis d’accord avec ce constat et nous sommes fiers, au CIC, de participer à ce travail de dialogue et de partage. J’ai été très frappé, lors de la dernière édition, par l’initiative menée au Camp des Milles, un lieu important de mémoire. Nous avons pu y réfléchir ensemble à des thèmes de société fondamentaux, entremêlés avec des concerts d’une grande profondeur émotionnelle. Cela a favorisé un dialogue constructif et nourri avec le public. Cet événement nous a confortés dans notre conviction que la mission du festival va au-delà de la promesse d’une affiche artistique exigeante dans de magnifiques salles de concert. L’expérience du partage se matérialise aussi, et peut-être surtout, dans la proximité avec tous les publics.
Renaud Capuçon : Je joue chaque année dans un centre de soins palliatifs à Gardanne et peux témoigner que ces rencontres avec des publics de toutes sortes sont passionnantes, y compris pour les artistes eux-mêmes. Ces concerts qui sortent du cadre sont toujours très particuliers pour nous, l’émotion est palpable. Je vois bien, chaque année, que les musiciens invités à Aix sont sensibles à cette atmosphère de partage, très souvent joyeuse et festive. C’est pour cela que certains noms mondialement célèbres viennent et reviennent très volontiers jouer au Festival de Pâques.
En 2027, nous accueillerons Hélène Grimaud, András Schiff, Martha Argerich, Raphaël Pichon… qui tous, nous ont fait l’amitié de venir déjà plusieurs fois. L’Orchestre philharmonique de Munich dirigé par Lahav Shani revient lui aussi, après avoir fait un triomphe en avril dernier ! Quand nous avons annoncé son retour au public pour une résidence triennale, nous avons eu droit à une ovation de la salle !
Daniel Baal : Cette fidélité est le fruit d’un engagement sérieux et de long terme, que nous avons accompagné et encouragé depuis le début. Le festival doit beaucoup à ses artistes, et la fidélité du public prouve la pertinence de nos choix. C’est justement pour continuer d’écrire cette belle histoire, de pérenniser et de développer le festival que le CIC renouvelle son engagement à ses côtés pour les quatre prochaines éditions.
Dominique Bluzet : Nous n’avons jamais été et ne serons vraisemblablement jamais un festival qui fait des « coups ». Ce « Festival à mission » privilégie le temps long. Nous sommes tous les trois des bâtisseurs, des entrepreneurs à mission. Nos projets sont pensés pour s’inscrire dans la durée. Cela répond d’ailleurs à notre envie de transmission.
Renaud Capuçon : À ce sujet, je suis particulièrement impatient de présenter au public le cycle Beethoven que nous avons prévu pour la prochaine édition. Nous jouerons l’intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven avec neuf jeunes violonistes français, pour la plupart passés par Génération @ Aix, qui montreront l’étendue de leur très grand talent lors de deux concerts exceptionnels. Comme chaque année, ils seront encadrés par un artiste plus expérimenté qu’eux, qui leur tend la main. Cette fois-ci, ce sera moi, je m’en réjouis.
Dominique Bluzet : Avec l’appui d’ASSAMI et du CIC, nous travaillons aussi au renouvellement des générations dans le public. Depuis plusieurs années, nous organisons des concerts pour les tout-petits de moins de quatre ans et, plus récemment, nous avons créé la Petite académie, pour les ados musiciens qui vivent éloignés des métropoles. Cette année, nous accueillons l’European Orchestra Academy, un projet international de formation de jeunes musiciens initié par le chef hongrois Iván Fischer et le Budapest Festival Orchestra. Cet ensemble donnera une vingtaine de concerts partout dans la région.
Renaud Capuçon : Au Festival de Pâques, la jeunesse est sur scène et dans la salle !
Daniel Baal : Avec La Petite académie, mais aussi les concerts hors-les-murs partout dans la région, l’ancrage territorial du festival s’étend chaque année un peu plus ! C’est en ligne avec l’une de nos priorités stratégiques et morales : valoriser les territoires en créant des liens profonds et durables. Au CIC, tous ces événements, réunis sous le nom de Musique en partage, nous réjouissent beaucoup.
Dominique Bluzet : C’est une nécessité vitale pour l’art d’aller là où les gens se trouvent. Au Moyen Âge, les saltimbanques allaient de village en village. Des tréteaux, une scène et le spectacle commençait ! Le festival revient à ces origines où l’art se transportait pour transporter le public. L’art a un rôle important, essentiel, existentiel même, à jouer pour la démocratie.
L’art est citoyen !
Daniel Baal, Président du CIC
Dominique Bluzet, directeur exécutif
Renaud Capuçon, directeur artistique